Tournoi d’éloquence 2026

Tournoi d’éloquence 2026

Salle à gradins de l’Institut Notre-Dame de Jupille

Vendredi 6 février 2026

Participants

Adam EL HEMOUD

Le seul fait de penser est en lui-même une entreprise très dangereuse. Mais ne pas penser est encore plus dangereux.
(Hannah Arendt)

Elysa PIERRE

Nous sommes tous au fond d’un enfer dont chaque instant est un miracle.
(Emil Cioran)

Bathuan OZDEMIR

Je veux qu’on soit sincère et qu’en homme d’honneur, on ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur. (Molière)

Lina SAID

Les convictions sont des ennemies de la vérité plus dangereuses que les mensonges.
(Nietzsche)

Sifa MUSSIMBWA

 Ce qu’il y a d’admirable dans le bonheur des autres, c’est qu’on y croit.
(Marcel Proust)

Thomas DESTICI

Pas d’espoir sans crainte, pas de crainte sans espoir.
(Spinoza)

Calvin MOUTIMA

Il n’y a pas de soleil sans ombre, et il faut connaître la nuit.
( Albert Camus)

Augustin BORSUS

On ne vit rien quand on essaye de tout vivre. (Yasmina Reza)

Maëlle MINGUET

L’individu ne sait plus qui il est, du coup, il ne cesse de se photographier.
(Cédric Enjalbert)

Rayane RHIMI

Avec l’amour maternel, la vie nous fait à l’aube une promesse qu’elle ne peut tenir. (Romain  G

Palmarès

1er prix

Sifa Mussimbwa

2ème prix

Lina Saidi

Prix spécial du public

Rayane Rhimi

Bonjour… bonjour. Désolé je suis un peu stressée j’me suis pas très bien préparé. Ah oui et aussi j’vous le dis, j’ai pas super bien dormi. Et surement qu’au moment même où je vous parle, mes adversaires doivent me regarder de haut derrière la porte ici à ma gauche. Et puis ça se voit, ils seront sans aucun doute meilleurs que moi, sauf Lina. Je les vois bien, confiants, sereins, à l’aise, pas de malaise bref.

Ca, ce sont les mots qu’une personne qui croit plus en les autres qu’en elle-même pourrait prononcer. Elle croit ce qu’elle voit, alors si une personne se présente à elle comme étant la plus heureuse du monde, elle y croit. Et elle fait plus que ça, elle l’admire.

Et c’est ce que Marcel Proust a voulu dire avec cette phrase : « CE QU’IL Y A D’ADMIRABLE AVEC LE BONHEUR DES AUTRES, C’EST QU’ON Y CROIT »

Ah le  bonheur. Un mot qu’on entend à tord et à travers et dont la signification diffère en fonction de qui le définit. Sur terre 7 milliards d’individus et donc par conséquent, 7 milliards de bonheur différents. Mais peu importe la façon dont on le définit, on croit toujours qu’il est plus grand, plus intense et plus beau chez les autres.

J’aimerais aborder ce thème sous 3 angles. La comparaison, le désir et pour finir, la réalisation.

Commençons avec la comparaison. Souvent, les gens croient que se comparer c’est penser que l’autre est meilleur que nous. Mais je ne suis pas d’accord avec ça. Laissez moi vous donner un exemple. Comme mon entourage le sait, je suis une jeune femme dotée d’un très fort caractère. Et la caractéristique la plus poussée de ce fort caractère est mon esprit de compétition. Esprit que je vous conseille de ne pas titiller pour votre bien-être personnel. Un jour, un garçon se nommant Nael a sollicité mon attention. Mon regard ne s’est pas posé sur lui parce qu’il était grand, charmant ou intéressant, non. Ce garçon avait en fait éveillé en moi un sentiment nouveau. Un sentiment dont je connaissais l’existence mais que je ne voulais jamais ressentir. La jalousie. En effet, Nael et moi étions pareils. Le même caractère, la même personnalité, une attitude similaire et la même façon de parler. La seule chose qui nous différencie est que j’ai des bien plus beaux cheveux que lui.  Alors, je suis rentrée en compétition avec lui. Tout ce qu’il faisait, je le faisais, mais mieux que lui. Tout ce qu’il disais je le disais, mais mieux que lui. Tout ce qu’il entreprenait, je l’entreprenais, mais mieux que lui. Un jour, j’ai réalisé que malgré toute l’énergie et les petites manigances que je mettais en œuvre pour lui être supérieure, je n’étais pas heureuse.

C’est alors à ce moment là que la vérité est parue devant mes yeux tel une lumière brillant au creux de la nuit : ce qu’il faisait le rendait heureux mais lorsque je reproduisais exactement la même chose, je ne le ressentais pas de la même façon. Ceci est la raison pour laquelle je vous invite aujourd’hui à vivre en alignement avec ce qui vous rend heureux. Car ce qui fait le bonheur d’un autre n’est pas ce qui fera le vôtre.

Continuons à présent avec mon second point, le désir.

Avez-vous déjà entendu la phrase « l’homme est un éternel insatisfait » ? Nul besoin d’attendre votre réponse pour savoir qu’elle sera affirmative. Car oui, l’homme est réellement un éternel insatisfait. Le célibataire voudrait goûter à l’amour et le concubin voudrait revenir au célibat. L’ordinaire voudrait se démarquer et l’atypique voudrait se fondre dans la masse. Le calme voudrait être l’excité et l’excité voudrait être le calme. Le pauvre voudrait être le riche. Le petit voudrait être le grand. Le chômeur voudrait être le travailleur. Et le timide voudraient être l’extraverti. Mais avec tout ça il y a une chose à comprendre. L’homme ne pourra jamais assouvir ses désirs car ce que le cœur désire c’est ce qui lui échappe. Et lorsque l’homme touche ne serait-ce que du bout du doigt ce qu’il désire, alors son regard se tourne vers une autre chose. Alors l’homme reste et restera à jamais un éternel insatisfait. Ce sentiment d’insatisfaction est en fait causé par un constant besoin de perfectionnisme. Car on estime que la vie des autres, elle, est parfaite, mais que la nôtre, elle, a constamment besoin de changer pour être convenable. Mais j’aimerais vous dire aujourd’hui qu’être heureux ne signifie pas avoir une vie parfaite, mais être heureux signifie avoir eu le courage d’admirer la beauté de sa propre vie malgré ses imperfections. Alors oui, le pauvre envie le riche mais sait-il seulement qu’il est peut-être plus heureux.

Terminons à présent avec le troisième et dernier point de mon discours : La réalisation.

Combien de fois avez-vous déjà admiré la vie des influenceurs sur les réseaux sociaux en vous disant : « eux ils partent en voyage », « eux ils ont trouvé l’amour », « eux ils ont ci, ils ont ca et donc par conséquent ils sont heureux ». Pour que deux jours après vous appreniez que tout ce qu’ils mettaient sur les réseaux sociaux n’était que théâtre, mise en scène et mensonge. Comme lorsque le divorce de Kim Kardashian et Kanye West a été prononcé alors que le monde entier pensait qu’ils vivaient une idylle amoureuse. C’est alors à ce moment-là qu’on se demande comment on a pu être bête au point de croire en quelque chose qui vient des réseaux sociaux. Mais j’aimerais vous dire aujourd’hui que ce phénomène ne s’apparente pas seulement aux réseaux sociaux, mais bien à la vie réelle. Car on oublie souvent que les gens ne montre que ce qu’ils veulent montrer et que consciemment ou inconsciemment, ils mentent.

Voici la raison pour laquelle je vous invite aujourd’hui à admirer votre propre bonheur de la même façon que vous admirez le  bonheur des autres auquel vous avez tant de facilité à croire. Car votre vie est un musée rempli d’œuvres d’art mais si vous êtes trop occupé à admirer les chefs d’œuvres supposés de la vie des autres, vous ne pourrez pas voir les vôtres.

Je conclus ce discours en m’adressant directement à vous ma chère audience. Arrêtez les comparaisons inutiles car nous, les hommes, sommes tous différents. Nous naviguons tous sur le même océan, mais dans des bateaux différents. Ne passez pas votre vie à attendre que votre celle-ci soit aussi bien que celle des autres, car dans ce cas là, vous attendrez longtemps.

Ce qu’il y a dans d’admirable dans le bonheur des autres, c’est qu’on y croit, c’est qu’on en rêve, c’est qu’on veut l’attraper et ne jamais le laisser s’en aller. Mais le bonheur personnel, lui, est une quête permanente de l’existence et l’essentiel de cette quête réside dans le fait de laisser de côté les illusions propagées par le bonheur supposé des autres pour se concentrer sur la réalisation du sien.

Sifa Mussimbwa